L’anxiété de performance : entre pression sociale et peur de l’échec

L’anxiété de performance regroupe une multitude d’anxiétés : celle d’être le meilleur dans son travail, celle de réussir à l’école, celle de faire aussi bien voire mieux que les autres, celle d’être sportivement performant, celle d’être la personne que les autres attendent de nous, celle d’être performant au lit, celle de la parentalité…

L’anxiété de performance touche tout le monde, à tous les âges et dans des contextes assez divers. C’est une notion dont on entend de plus en plus parler. Elle est à la fois liée à un sentiment de culpabilité, à une peur d’échouer mais aussi à une forme de pression sociale.

Décryptons ensemble ce qu’est l’anxiété de performance, à quel moment elle se manifeste, ce qu’elle engendre et comment diminuer ses apparitions.

Performer à tout prix

Notre société actuelle laisse très peu de place au médiocre, elle nous pousse au contraire sans cesse à nous dépasser, à devenir « une meilleure version de soi-même » ou encore à montrer aux autres que l’on réussit.

On reçoit ce message quotidiennement, que ce soit à travers les réseaux sociaux, notre environnement de travail ou tout simplement avec notre entourage. Ces messages à répétition créent alors une anxiété de performance.

Mais qu’est-ce que la performance à proprement parlé ? Il s’agit d’un exploit, d’un résultat remarquable, d’une réussite inégalée dans un domaine donné. Ce mot « performance » est aujourd’hui entré dans le champ lexical de bien des domaines (entreprise, publicité, sport…) mais quand il s’agit d’anxiété, il reste avant tout lié à une situation d’évaluation.

Ce message, plus il est répété, plus vite il pénètre notre prisme et gagne peu à peu notre confiance. On l’enferme dans la cocotte-minute et on le traduit alors en « Ok, je dois assurer en toutes circonstances : c’est la norme ».

C’est à cet instant que la cuisson « sous pression » démarre.

Chaque personne qui est soumise à cette impulsion, à ce coup de pied aux fesses vers le graal de la performance ne perçoit et ne réagit pas à cet élan de la même manière. Certains réussissent à ne pas se soucier du regard des autres et à avancer en pensant à leur bien-être. Mais la plupart des gens, comparent systématiquement leur situation à celle des autres et se demandent comment les autres arrivent à gérer cette pression constante.

Deux personnes face à une même situation peuvent avoir des perceptions/ressentis complètement différents. Quand la comparaison survient, elle est souvent synonyme de rabaissement de soi.

« Elle a été promue alors qu’elle est arrivée après moi : je ne suis pas assez doué »

« Il arrive à concilier vie de famille, vie de couple, faire du sport, voir ses amis, partir en vacances l’esprit tranquille…. Moi je n’en fais pas la moitié »

« Elle cumule deux travails, est une véritable touche-à-tout, elle a sans cesse de nouvelles idées quand moi je n’arrive même pas à savoir ce qui me plaît dans la vie »

« J’ai vu que les voisins avaient agrandi leur maison : mais comment font-ils financièrement ? Ils doivent avoir de bons revenus, moi je gagne beaucoup moins… »

« Je vais faire plein de fautes à la dictée, je suis nul en orthographe »

« Personne n’est stressé dans mon groupe de travail, moi je suis nerveuse, je vais tout gâcher et rater mon oral »

Notre vision est tronquée : on adopte un point de vue biaisé et on apporte un jugement sur une partie infime d’une situation ou d’une personne. L’objectivité disparaît complètement, on plonge tête baissée dans une spirale négative où l’on n’est jamais satisfait.

Fausses croyances et anxiété pathologique

En fait, pour pouvoir évaluer nos « performances », on passe une bonne partie de notre temps à regarder le gazon du voisin d’à côté : est-il plus vert, plus doux, mieux tondu ?

On dit souvent que « l’herbe est toujours plus verte ailleurs ». On décide de se comparer avec les choses que l’on perçoit autour de soi. Bien souvent on fonde cette comparaison sur des éléments qui, étudiés seuls, n’ont pas vraiment de valeur : un physique, une note, une attitude…

Mais comment fait le voisin pour être si performant ?

Les éléments que l’on décide de prendre en considération pour juger et se comparer ne constituent qu’une infime partie d’une personne ou d’une situation.

Vous ne savez pas ce qui se passe en coulisse pour que l’herbe du voisin soit si verte : il s’agit peut-être de gazon artificiel ou alors il utilise des pesticides et autres produits chimiques nocifs ?

Lorsque vous regardez quelque chose et que vous le comparez avec votre propre situation, vous avez tendance à enfiler vos lunettes munies du filtre « Amour, Gloire et Beauté ». Vous savez, comme lorsque vous prenez une photo sur votre téléphone et, qu’automatiquement, ce dernier ajoute un filtre « beauté » pour gommer les imperfections et lisser la peau. La photo que l’on prend ne renvoie pas la réalité et c’est la même chose lorsqu’on pose notre regard sur une personne.

On se concentre uniquement sur ce qu’on envie des autres. 

Un conseil pour votre bien : lorsque vous apportez un jugement sur quelque chose, n’oubliez pas que vous ne considérez qu’une partie infime des informations. En vous comparant vous ne faites qu’augmenter l’anxiété de performance.

Avez-vous pris en considération tous les efforts du voisin pour avoir une belle herbe grasse ? Non, ou du moins vous ne pourrez jamais évaluer l’effort qu’il a fourni, peut-être aussi a-t-il fait des sacrifices ? Votre voisin préfère passer son week-end dehors pour avoir une pelouse parfaitement entretenue mais c’est au détriment d’autres activités, événements ou moments en famille.

En fait, il faut faire un travail sur soi pour :

  • Comprendre que nous sommes tous différents et uniques. Une personne passera tout son temps en cuisine pour réaliser d’irrésistibles et délicieux gâteaux, une autre préférera travailler 60 heures par semaine pour être reconnue professionnellement, une autre encore trouvera un équilibre pour travailler, prendre du temps pour soi et faire des activités en famille. Chaque personne possède ses priorités : chacun est maître de son destin et décide de faire passer telle ou telle chose en priorité dans sa vie.
  • Accepter que vous ne pouvez pas exceller dans tous les domaines. Vous avez vos propres forces et vos faiblesses. Ce sont ensuite vos envies, vos besoins et vos valeurs qui vous guideront et seront des moteurs pour vous faire avancer et, si besoin, progresser dans votre vie. Après tout, avoir une pelouse parfaite est-ce que c’et vraiment utile à votre vie ? Ou la désirez-vous seulement parce que votre voisin en possède une ?

Le tout est de réussir à faire la part des choses. A chaque fois que vous vous sentez anxieux à l’idée de ne pas être « assez performant » alors posez-vous ces questions :

Pourquoi je suis anxieux ? Qu’est-ce qui suscite un malaise  ?

  • Un événement traumatisant,
  • Une information,
  • Anticiper le fait de ne pas réussir,
  • Se comparer aux autres,
  • Avoir peur du jugement, d’une note, de l’évaluation en elle-même…

Que représente l’évènement ou la situation qui me rend anxieux ? Y’a-t-il des enjeux forts ?

Est-ce que cet événement ou cette situation est primordial pour moi ?

L’aboutissement de cet événement stressant aura-t-il un impact dans un jour, une semaine, un mois, un an ?

Fait-il partie de mes priorités dans la vie ?

Comment je peux relativiser, ne pas céder à la panique et faire descendre le stress ?

L’idée de ces questions n’est pas de devenir « je-m’en-foutiste » ou de tout prendre à la légère car, rappelons-le, nous avons tous des priorités et c’est bien sur celles-ci qu’il faut se concentrer et apporter toute notre attention et notre énergie.

Aussi, comme je l’expliquais dans un précédent article sur les différences entre le stress, l’anxiété et l’angoisse, n’oubliez pas que le stress n’est pas quelque chose de négatif en soi il nous permet de nous pousser vers de beaux accomplissements. Ne cherchez pas à lutter ou à mettre en place des stratégies d’évitement car vous passeriez à côté d’un moteur essentiel !

La peur de l’échec

Sous la formule d’anxiété de performance se cache la peur de l’échec. Le désir de réussir et la peur de l’échec font naître un trouble anxieux chez nous et on se retrouve rapidement dans la peau de l’éternel insatisfait de ses propres performances.

Avant même d’être confronté à une situation, on va l’anticiper en faisant appel à ce qu’on pense savoir : telle personne a fait comme-ci, telle personne pense ça, j’ai vu ça aux informations, telle personne a dit qu’il fallait faire comme ça pour réussir… Je n’ai pas les clés pour réussir, je n’y arriverai jamais, ce n’est pas fait pour moi, elle est meilleure que moi…

La peur suscite plusieurs réactions :

  • La fuite : la peur est tellement intense, qu’elle en devient presque une phobie. On évite alors de se retrouver dans une situation inconfortable et donc on la fuit comme la peste.
  • La paralysie : impossible de contrôler son anxiété, l’enjeu de performance nous immobilise.
  • Le combat : on va répondre à la peur en se battant contre elle, en l’agressant à notre tour.

On anticipe avant tout un rejet ou un échec mais jamais une réussite !

L’anxiété de performance amène à un questionnement perpétuel. On a peur parce qu’on craint pour sa sécurité, parce que l’on sort de sa zone de confort. On remet toujours en question sa parole ou ses actes mais jamais celle et ceux des autres car, c’est bien connu, ils font toujours tout mieux que vous, n’est-ce pas ?

La confiance en soi est minime alors que l’on confère beaucoup de valeur aux réussites des autres.

Résultat ? Cette anxiété de performance nourrit une sorte de jalousie.

On se met constamment la pression, on n’a peur de ne pas être à la hauteur et on n’est jamais pleinement satisfait par ce qu’on accomplit. La peur de l’échec se transforme en un boulet qui nous empêche d’avancer. On n’ose même plus essayer par peur d’échouer.

On oublie souvent que « la hauteur », que les attentes que l’on a envers nous-même sont uniquement fixées par…  Nous-même ! Il faut donc d’abord prendre du recul sur ses propres objectifs, ses priorités, et peut-être, revoir ses propres exigences.

L’anxiété de performance ne doit pas vous enfermer dans un cercle de pensées négatives ou d’opposition systématique entre vos « performances » et celles des autres. Ce type de pensées et de comportements vous mène inévitablement à développer d’autres troubles de l’anxiété comme l’anxiété sociale, le trouble panique ou encore des phobies spécifiques. Cela ajoute aussi à la peur et à la jalousie un sentiment d’animosité. Bref, vous vous traînez une belle chaîne de boulets qui vous ralentissent au quotidien.

La conquête de la réussite et de la reconnaissance

Lorsqu’on veut à tout prix réussir un projet, on fonce souvent sans jamais relâcher nos efforts, la cocotte-minute tourne à plein régime : l’enjeu est trop important pour ne pas se dépasser.

Et parfois, malgré tous nos efforts, la récompense attendue ne vient jamais. Cette conquête de la performance et de la réussite amène parfois à se dévaloriser : on fixe des objectifs inatteignables plutôt que de décomposer l’objectif final en petites étapes.

« Il marche à peine et veut des bottes de sept lieues »

Souvent, et comme le dit si bien la chanson petit frère d’IAM, on a tendance à avoir les yeux plus gros que le ventre. Le groupe de RAP y décrit la trajectoire d’un petit voyou voulant devenir un grand caïd et les rappeurs marseillais d’ajouter « mais il a oublié que rien ne sert de courir ».

En matière d’accomplissement d’un objectif, on se rue parfois vers le résultat final en oubliant que, pour l’atteindre, il va être nécessaire de passer un certain nombre d’étapes obligatoires.

On est tellement animé par la réussite d’un projet qu’on ne pense qu’à sa dernière étape : celle-ci n’étant pas facile à atteindre rapidement, l’anxiété de performance peut naître parce qu’on croit être en train d’échouer. Bien souvent, une entreprise, un projet, un produit demandent beaucoup plus de temps, de revirements, d’étapes de détours… Que ce qu’on avait prévu .

Mais on se trompe ! Pour ne pas subir l’anxiété et la pression de la performance, il faut se détacher du jugement et aussi du système d’évaluation : ne cherchez pas à obtenir une note ou n’importe quelle autre mesure comme récompense à votre réussite.

Dans un contexte professionnel, votre hiérarchie est là pour vous donner des indications et vous guider dans l’avancée de votre travail. Ces directives et autres feedbacks peuvent être de bons indicateurs mais il s’agit toujours de les accueillir en prenant du recul. Il en est de même avec votre famille : soyez attentif à leurs retours en faisant toujours la part des choses.

Vous savez ce qui vous importe et vous voyez le chemin parcouru. N’oubliez pas que le chemin est fait de nombreuses étapes et embûches qui font partie du succès !

Choisir de faire face et de soulager l’anxiété

Pour le reste, c’est à vous de choisir et j’utilise bien le verbe « choisir » car vous ne pouvez pas constamment vous mettre une pression pour tout réussir. Chacun a des facilités ou des affinités dans un domaine : vous avez des forces et c’est sur celles-ci qu’il faut axer vos projets.

Cessez d’envier le voisin et apprenez à identifier vos réactions émotionnelles. Si une information ou une personne devient une obsession, qu’elle nourrit l’anxiété ou la peur, alors il est temps de s’en détacher. Vous aurez toujours le droit et la liberté de faire ce tri, de faire ces choix.

Ensuite, lorsqu’on « se met la pression », que notre attention est accaparée et que l’anxiété pointe le bout de son nez, votre meilleur réflexe : prendre du recul.

Qu’est-ce qui me rend anxieux ?

Est-ce que j’ai envie de faire cette chose ou est-ce que je me sens obligé ? (regard des autres, attentes, jugement…)

Quel est l’objectif final ?

Est-ce que quelqu’un m’a mis la pression pour que je réussisse quelque chose ou est-ce que c’est moi qui me met dans un état d’anxiété extrême à l’idée de ne pas réussir ?

Est-ce que l’état de stress me pousse ou au contraire me freine ?

Pourquoi je veux réussir ?

Pourquoi je peux réussir ?

Comment je peux réussir ?

Quelles sont les étapes intermédiaires à cette réussite ?

Il y a-t-il des freins à cette réussite, cet exploit ? Si oui, quels sont-ils ? (Psychologique, matériel, humain, technique…)

Comment je peux faire pour franchir ces obstacles ?

Qu’est-ce que l’accomplissement de cette mission va me procurer ? (Joie, fierté, reconnaissance…)

Enfin, sachez que dans les périodes de stress ou d’état dépressif prolongé, on peut avoir la fâcheuse tendance à se tourner vers ce qui va mal. La fuite est un des réflexes de la peur : on va modifier nos comportements pour ne plus penser à nos angoisses mais en gardant toujours un œil sur ce qui a engendré notre anxiété. En réalité, on adopte une attitude qui ne vient pas du tout adoucir ou calmer l’anxiété mais plutôt la nourrir.

« Traiter le mal par le mal »

Les journaux télévisés qui délivrent en boucle les mêmes informations (« ça va mal, aucun espoir, on ne s’en sortira jamais, le monde va mal ») ou encore les personnes qui ne parlent que des choses qui vont mal dans leur vie sont tout simplement toxiques pour vous. Elles ne vous aideront pas à soulager votre anxiété, au contraire elles vont entretenir une sorte de peur et nourrir votre anxiété de performance.

Changez de chaîne, éteignez la télé ou sortez prendre l’air.

Éloignez-vous de ces personnes, pivotez un peu la tête et changez d’angle : tout ne va pas mal, loin de là. Lorsque vous êtes confronté à un nouveau challenge, une épreuve ponctuelle ou une évaluation à répétition et que des pensées anxieuses font leur apparition, qu’elles deviennent envahissantes, reconnectez-vous à vos priorités, ayez confiance en vous et en vos capacités. Le fait de faire un pas sur le côté va vous aider à vous recentrer : vous allez apprendre à apprécier vos qualités mais aussi votre vulnérabilité.

L’important est de s’écouter, de s’accepter tel que l’on est (ses forces mais aussi ses limites) et de ne surtout pas culpabiliser quand ça ne marche pas comme on le voudrait. C’est votre approbation, votre évaluation qui compte avant celle des autres. Toutes les situations et challenges que l’on rencontre nous enseignent quelque chose. Il faut savoir tirer des enseignements de chaque situation, qu’elle constitue une réussite ou un « échec » à vos yeux.

N’oubliez pas que le succès n’est jamais immédiat ou rectiligne. Steve Jobs n’a pas crée Apple en un jour et son parcours n’est pas une ligne droite vers le succès : il n’est pas allé au bout de ses études supérieures car cela l’ennuyait, la commercialisation de certains produits dans les années 80 n’a pas fonctionné, il est mis de côté pour certains de ses choix et démissionne… Ce n’est pas ce qu’on retient de lui alors que ces virages font partie de ce qu’il a accomplit !

Enfin, je dirais qu’il est important de prendre du temps chaque jour pour apprécier ce que l’on a. Plutôt que de penser à ce qui manque, à ce que vous avez de moins que le voisin, à ce qui reste pour atteindre le succès. Je vous propose de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide.

L’anxiété de performance traduit une chose : on ne passe pas assez de temps à apprécier ce que l’on est, ce que l’on a effectué, ce que l’on a réussit (les petits objectifs que l’on a cité plus tôt). Une fois l’étape franchie, on passe directement à la suite, à la poursuite de nouvelles « performances » sans même prendre le temps de savourer le chemin parcouru, ses progressions, ses acquis et l’énergie positive que cela procure.

Arrêtez de donner trop de valeur à ce que pensent les autres de nos propres succès et redonnez de la valeur à ce qui compte vraiment dans notre vie. Vous ne pourrez jamais plaire à tout le monde, ni réussir aux yeux de tout le monde. Prenez en compte vos accomplissements, ne cherchez pas à les apprécier en fonction des autres : le but n’est pas de tout évaluer comme une performance dans votre vie 😉

Notre société a mis en place un système de compétition dont il faut parfois s’affranchir. Tout ce qui est de l’ordre du classement est destructeur, que cela soit pour vous (si vous n’êtes pas premier) ou pour les autres (lorsque vous leur prenez leur place de premier).


J’espère que cet article vous aura plu et qu’il permettra aux personnes souffrant d’anxiété de performance de réévaluer le niveau d’anxiété. Aussi, je reviendrai dans de prochains articles sur certaines notions abordées comme celle de la culpabilité. N’hésitez pas à me faire part de vos retours pour que j’approfondisse certains points.

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